Après de longues hésitations au vu de la météo, nous décidons de nous lancer dans la "Visite Obligatoire", un classique de la Dibona composée de 12 longueurs sublimes, principalement en 6A. Nous démarrons à 7h30 sous un ciel couvert. Nous savons qu'un orage menace en milieu d'après-midi et nous avons bien l'intention d'atteindre le sommet de l'Aiguille avant que ce dernier ne pointe le bout de son nez. Mais c'était sans compter sur les péripéties qui nous attendaient...
L'ascension se passe plutôt bien, les points sont un peu plus espacés que ce dont on a l'habitude et c'est l'occasion pour nous de nous essayer à la pose des coinceurs (grassement prêtés par le CAB), d'autant plus que nous n'avons que peu de retard sur notre planning. Tonio clippe le relais 6, il vient d'enchainer la longueur clé de la voie: une traversée sur des inversées qui se conclue par un toit en 6B. Il est en train de tirer la corde quand tout à coup, un cri retentit "NAAAAAAAAAAAAN". Une anse de corde enroulée autour de mon pied envoie voler mon chausson gauche à moitié enlevé 150 m plus bas. Au fur et à mesure de sa chute, il se transforme en un minuscule point jaune qui finit par disparaitre à tous jamais.
Bon gré, mal gré, il nous faut continuer. Je poursuis donc la longueur suivante en premier avec un pied ridiculement nu qui dérape sur le mur comme un bloc de parmesan se frottant à une râpe, et mon orteil ne tarde pas à ressembler à une bolognaise... Le topo nous indique qu'il est possible de doubler les 2 longueurs suivantes et comme nous avons pris un peu de retard, nous nous disons que ça ne serait pas plus mal de le faire si nous souhaitons éviter l'orage. Quelle erreur! Au bout d'un moment, le tirage est tel que je dois tirer la corde avant d'engager un mouvement. Heureusement, c'est du facile. Je n'entends plus Tonio et finalement la corde devient si tendue qu'il m'est impossible d'encore avancer, je suis au bout... Que faire? Vais-je devoir construire un relais sur coinceurs? Après 5 bonnes minutes à prospecter le rocher, essayant de trouver le relais que j'avais loupé, je tombe enfin sur 2 petites plaquettes dorées. Ouf! Je fais remonter Tonio et nous constatons que nous avons perdu notre itinéraire. Après un bref check dans le topo, Tonio se lance dans une trav' pour rejoindre le 6A que nous aurions dû emprunter. Evidemment, comme nous passons d'une voie à une autre, la traversée est un peu expo' et au passage d'un toit, il se saisit d'un friends pour se protéger quand soudain... "FAAAAAACK", le coinceur traverse brièvement mon champ de vision et continue sa dégringolade le long de la face. Galvanisé par sa perte, Tonio se tire comme une brute aux prises en serrant les dents et atteint le relais. S'ensuit encore quelques zigzags avant que nous soyons sûrs de suivre exactement le bon itinéraire et finalement, nous atteignons le sommet de la Dibona vers 16h45. Enfin!