L’approche se fait d’abord à pieds, skis sur le sac, jusqu’à ce que la neige permette de chausser les peaux. C’est somptueux, la montagne est belle, et les prévisions météo de la semaine ont découragé toutes les autres cordées à se lancer dans l’aventure. Nous sommes seuls au milieu d’un énorme massif.
Après une longue journée de marche, notre solitude est interrompue par le gardien de Chelenalphütte qui s’aventure a notre rencontre. Le pauvre était seul la haut depuis plusieurs jours, et est enchanté de nous accueillir. Pour fêter ça, il nous a concocté la spécialité de sa région. Alors que nous sommes bien installés dans le refuge, et que nous reprenons doucement nos esprits, le gardien nous présente un grand saladier de pâtes saupoudrées d’ognons frits, et un autre rempli de compote. « und hier sind die Makkron » nous rétorque-t-il fièrement. Abasourdis par l’aberrance de ce menu « macaroni/pommes de terre (cuisson identique dans la même eau), sauce blanche, ognon frits, compote », c’est le fou-rire dans la cordée. Nous renommerons bientôt ce met Suisse-allemand le « Macron-Compote », qui restera à jamais gravé dans notre mémoire.
La joyeuse cordée part se reposer, le ventre plein de Macron, et la tête pleine de souvenirs, car la journée du lendemain ne s’annonce pas des plus simples.
Le départ se fait crampons aux pieds tout droit dans la pente. Le ciel se dégage, et notre bonne étoile donne tort aux prévisions météo. La situation est idéale : nous avons une météo parfaite, mais les prévisions ont fait fuir tous les autres montagnards. La journée est magnifique, nous atteignons le glacier et nous nous accordons même le sommet du Sustenhorn, optionnel dans notre itinéraire.
Au refuge, nous partageons la tablée avec deux autres cordées, qui nous donnent des renseignements pour le lendemain.