Notre voyage a débuté en fanfare par la grève de la SNCB et l’incroyable réaction en chaîne qui a suivi l’annulation de notre train pour Cologne. Nous avons ainsi pu visiter, bien malgré nous, les gares de Maastricht, Herzogenrath, Mönchengladbach, Düsseldorf, Dortmund, Hambourg, Copenhague, Malmö et Stockholm. Bien évidemment, nous avons raté notre train de nuit Hambourg-Stockholm et, heureusement, attrapé celui d’Ålvsbyn, à 20 minutes près. Pendant ces heures fiévreuses à courir d’un quai à l’autre avec nos bagages, j’ai souvent pensé, en maugréant, à ce vieux slogan de la SNCB : « le train, c’est déjà un goût de voyage » ! Ceci dit, la palme d’or revient exclusivement à la Deutsche Bahn, à qui nous devons ce début d’aventure délirant. Mais aussi, incroyablement riche en rencontres avec, dans l’ordre d’apparition : M. Oufti du service des voyageurs de Liège-Guillemins, chargé de nous trouver un itinéraire bis pour la Laponie et qui semblait nous considérer avec beaucoup d’amusement. Un couple turc, monté dans le train à Bressoux, qui semblait fort bien connaître les subtilités du réseau belge et en parlait avec beaucoup d’humour. Un contrôleur rond comme une queue de pelle, qui ne faisait pas payer les voyageurs. M. Gouda, notre mystérieux ange gardien, qui nous a escortées jusqu’à Düsseldorf. Deux vieilles amies françaises fort enjouées, qui montaient en Interrail prendre l’Express Côtier à Bergen, pour fêter leurs retraites. Et, le sosie de David Hallyday, qui était tout heureux de nous raconter qu’il avait séjourné en Belgique pour son boulot et connaissait par cœur…Leopoldsburg !
Finalement, le lundi 23 février, à 10h21, nous débarquons à Ålvsbyn, en même temps que l’équipe des 5 jeunes femmes, Elise, Eloïse, Valentine, Astrid et Camille, qui nous suivront sur la Kungsleden, à une journée d’intervalle. C’est là que Dom nous attend. Il se fait notre ambassadeur du Grand Nord et, très pédagogiquement, nous ménage deux jours de transition entre la douceur de son repaire de Kåbdalis et les plateaux glacés du Pays sami. Ces deux journées sont consacrées à l’empaquetage, à la découverte du ski nordique, aux longues discussions dans le sauna et au riche partage d’expériences avec Geoffroy, Dom et les 5 filles.
Le mercredi 25 février à 5h du matin, nous partons pour Galliväre, d’où nous prenons un train pour Abisko. Il neige et, au lever du jour, la lumière est étrange. Les paysages de toundra qui défilent inlassablement se ressemblent, jusqu’à ce qu’apparaisse l’immense lac bordant Abisko. Il est déjà tard quand nous entamons notre Kungsleden, sur un sol très verglacé.
Notre parcours de 7 jours et 6 nuits, va nous mener de Abisko à Abiskojaure, puis Alesjaure, Tjäkta, Sälka, Kaitumjaure, Teusajaure et Vakkotavare. Je suis entrée sur la Kungsleden, comme on entre dans le désert, perdant la notion du temps et du monde extérieur, comme une retraite promise depuis longtemps. Et je suppose que c’est ce que beaucoup de visiteurs viennent y chercher.