Samedi, je pars skier vers 17h00. Je pars en me disant que je vais faire tout le tour du lac. Je me lance vers l'inconnu, ne sachant pas combien d'heures et de kilomètres je vais faire. La neige, réchauffée par les températures qui flirtent avec le positif, colle aux roues de mon vélo en le poussant en dehors du chemin pour l’attacher à un panneau. Je passe par les pistes pour chercher un coin discret, ne voulant pas que quelqu'un me voit monter sur le lac. Je met ma doudoune et hop, comme Jésus, je commence à marcher sur l’eau. Ou alors je fais du ski nautique si vous préférez.
Au loin, je ne sais pas jusqu'où va le lac, mais j'avance un ski après l'autre, j'en perds les autocollants collés dessus. Je contourne une île avec un phare qui la signale par cinq coups lumineux consécutifs. Je m'arrête un peu sous son vent, et repars après dans les roseaux. Je trace ma route dans la neige blanche et vierge, d'une épaisseur de cinq à dix centimètres. Passant devant un pêcheur, je commence à entrer dans cette zone du lac un peu moins habitée. J’avance en gardant un écart d’environ cent ou deux-cents mètres avec le bord. Sur ma gauche, quelque chose dépasse de la surface de la glace, quelque chose d'étrange. En me rapprochant, je comprends. Mon sang se glace et je n'ose plus bouger. Je suis impressionné et me sens si faible et si con à la fois. Devant moi se dresse une crevasse ; c'est le mot qui me vient en la voyant, tant la ressemblance avec celles des glaciers est grande et tant la sensation qu’elle me procure est similaire. En continuant mon chemin parallèle à la fissure, car oui, ce n’est évidemment pas une crevasse. Je croise des traces de luge. C'est ce qu'il me fallait pour me rassurer et m'approcher plus. Elle est là, devant moi, soulevant de la glace à parfois un mètre de hauteur, et mesurant parfois jusqu'à un mètre et demi de large, avec de grandes flaques de part et d’autre. Puis parfois, elle s'abaisse jusqu'à la neige et ne forme qu'une petite interruption de quelques dizaines de centimètres dans la glace. Elle ne bouge pas, se tient calme et majestueuse dans l’obscurité. Évidemment, elle est stabilisée et a déjà bien entamé le processus de regel. Je la suit pendant peut-être une demi-heure, jusqu'à ce qu'elle s'estompe tellement que je la traversé sans m’en rendre compte. En la longeant, je suis passé devant une grande baie avec une ville au fond et apparemment une rivière qui s'y jetait. J’ai faim et décide de viser le rivage pour me trouver un endroit abrité du vent.