4 juin 2018. Il y a 2 jours les Diables nous ont fait une grosse frayeur en revenant 3-2 face au Japon après avoir été menés 0-2. Nos champions se préparent pour leur match face aux grands favoris de cette édition 2018 de la Coupe du Monde. Pendant ce temps-là, d'autres champions font également chauffer leurs cuisses dans le Massif du Mont-Blanc. Et comme souvent, cela commence dans un coffre de voiture où on commence par se demander comment c'est possible d'avoir foutu un bordel pareil en 2 jours, avant de rassembler au mieux ses affaires sans rien oublier d'essentiel.
La montée au refuge Albert 1er se fait illico presto. C'est qu'il faut y être pour l'heure de l'apéro (18h heure officielle). En effet, nous avons pris sur nous de nous alourdir de quelques kilos afin de pouvoir déguster une délicieuse Hoegaarden blanche à l'arrivée. Dans le refuge du nom de notre fameux roi alpiniste, c'est presque un devoir que de déguster du houblon belge.
A part ça, s'il y a quelque chose à retenir du refuge Albert 1er, c'est l'étrange ressemblance physique entre les gardiennes du refuge. Toutes à l'exception d'une, c'est-à-dire 4 sur 5, sont de jeunes blondes aux yeux bleus. Coïncidence singulière ou préférence du gardien ? Les gens de la vallée ont leur avis...
Première course pour se mettre en jambe: l'Aiguille du Tour, 3 540 m. La pluie nous a tenu compagnie toute la nuit et nous accompagne encore au matin. Pas grave, le lever de soleil est beau et on a la caisse. Après une course facile sur glacier, on s'offre une dernière partie sur rochers avec plus de challenge. L'aiguille est enveloppée dans un nuage et le rocher est rendu glissant par une fine couche de neige.
A défaut d'une belle vue, on profite au sommet d'une ambiance mystique. A 9h, nous sommes de retour au refuge. "Vous avez fait un but ?" nous demande une gardienne vu l'heure matinale. Comprenez "Vous avez du faire demi-tour ?". Formulation étrange, j'en conviens, mais particulièrement adaptée à la folie du ballon rond qui nous prend en ce moment. Mais non, on est bien allés jusqu'au sommet, on est juste trop pressés de redescendre se faire une bonne bouffe dans la vallée.
C'était prévu dans le planning, nous sommes de retour dans la vallée pour ne rien rater du quart historique qui oppose la Belgique à un Brésil légendaire. Au Little Pub de Sallanches, on a le plaisir de rencontrer deux semi-belges eux aussi supporters des Diables, qui, en dignes compatriotes, ne tardent pas à nous offrir une tournée. Mais, pour notre plus grand plaisir, tout le public français du bar supporte leur petit voisin rigolo face au grand méchant Brésil. Vous connaissez la suite de l'histoire, nos diables réalisent l'exploit et renvoient les brésiliens à la maison. Seleciao !
Après la prouesse de nos Diables, nous nous mettons nous aussi à rêver gros. Et quoi de plus gros dans la coin que le Mont Blanc ? Ca tombe bien, aucun de nous deux n'y est encore allé. Avec le nécessaire pour bivouaquer 3 jours, nous voilà partis pour le refuge des Conscrits. Au programme: Dômes de Miage, Aiguille Bionnassay puis Mont Blanc. Le temps nous est compté: dans 4 jours, la Belgique joue sa demi-finale face à la France.
Notre ascension du toit de l'Europe commence par la très belle traversée des Dômes de Miage. Montés jusqu'à l'Aiguille de la Bérengère, nous suivons l'arête jusqu'au sommet des Dômes à 3673 m. Pour notre plus grand plaisir nous sommes presque seuls, ce qui est d'autant plus étonnant que le refuge était plein hier et que tout le monde semblait partir pour les Dômes. Ce n'est qu'à partir du sommet que nous apercevons une multitude de cordées remontant le glacier de Tré-la-Tête à la queue-leue-leue. Sans vraiment nous en rendre compte, nous avons eu la bonne idée de faire la traversée dans le sens contraire de tout le monde, et ça change tout.
Du sommet, nous continuons cette magnifique course d'arête jusqu'au Col de Dômes en nous réjouissant à chaque cordée que nous croisons d'avoir fait la traversée dans un sens différent. La traversée classique s'arrête ici, mais nous avons prévu de suivre encore le fil de l'arête jusqu'au refuge Durier.
L'arête se découvre petit à petit de la neige qui la recouvre au sommet des Dômes et on passe à une course mixte plus compliquée. Cette partie de la course est peu fréquentée et il nous faut davantage chercher notre chemin. La difficulté et l'isolement ne font qu'accentuer la beauté de l'incroyable panorama qui s'offre à nous: devant nous, l'Aiguille de Bionnassay, le Dôme du Goûter et le Mont Blanc en imposent.
1h du matin. Je ne m'étais jamais réveillé aussi tôt pour faire de l'alpi. A ce stade, ce n'est plus une nuit, c'est une sieste. Mais la perspective de la journée qui nous attend a vite fait de balayer la fatigue. Nous nous attaquons plein de bonne volonté à l'Aiguille de Bionnassay. Seul hic, on a qu'une lampe. Muni de l'unique frontale, le premier de cordée décode l'itinéraire tandis que le 2ème avance du mieux qu'il peut sur les conseils du premier. Pas des plus confortables, et on est content de voir l'aube pointer le bout de son nez. Entre temps, nous sommes déjà à 4052m, au sommet de l'Aiguille de Bionnassay. Il n'est pas encore 6h. Pas le temps de niaiser comme dirait l'autre !
Un coup d’œil à la vue du sommet et nous voilà repartis. Nous ne sommes qu'au début de notre longue journée et elle s'annonce chaude, donc pas de temps à perdre. La course prend un aspect beaucoup plus aérien sur l'arête de Bionnassay et on ne pense plus qu'à une chose: mettre un pied devant l'autre sans s'emmeler les pinceaux.
2h plus tard, nous avons rejoint la voie normale du Mont Blanc au Dôme du Goûter. On se retrouve sur une véritable autoroute à alpinistes et nous nous félicitons de l'itinéraire que nous avons suivi, beaucoup plus long mais nettement moins couru. Le sommet n'en sera que plus mérité. C'est dans cet état d'esprit que nous attaquons les 400 derniers mètres de dénivelé qui nous séparent du toit de l'Europe, mais bientôt la fatigue nous rattrape. Altitude, réveil matinal, longue course, tout cela s'abat comme d'un seul coup et on commence à peiner à avancer sur ce chemin pourtant tout tracé.
Heureusement dans ce cas là il y a une recette miracle: un Snickers, un bon coup d'eau, les encouragements de celui qui est à l'autre bout de la corde et on est repartis. A 9h on est sur ce fier sommet qu'on convoite depuis plusieurs jours. C'est pas le Brésil mais ça y est, on l'a fait, nous aussi, notre exploit. Enfin pas vraiment parce qu'il reste la descente par l'itinéraire des 3 monts (Mont-Blanc, Mont Maudit, Mont-Blanc du Tacul). Et ça c'est pas gateau comme dirait un certain suisse d'une télécabine de Verbier.
Au téléphérique de l'Aiguille du Midi, on a l'impression de débarquer sur une autre planète. Alors que les 4h de descente ont terminé de nous épuiser, on débarque dans une masse de touriste abracadabrante qui nous observe comme des animaux de zoo. On vient à peine de poser nos sacs qu'un homme dégaine son caméscope en nous demandant "Combien de temps pour arriver ici ?". "Euh...trois jours" balbutie-t-on, en voulant expliquer qu'on a suivi tout un itinéraire depuis Les Contamines. Trop tard, l'homme a déjà décampé. Tant mieux pour lui, il sera content d'être arrivé en 15 min de cabine là où des alpinistes mettent 3 jours pour se rendre. Avec un peu de chance ça le consolera de la somme assez exorbitante de 60€ que lui a coûté son aller-retour en télécabine. En tous cas, nous, notre argent on préfère le garder pour se rafraîchir les jours de match, et on prend la cabine jusqu'à la moitié sans payer. Au point où elles en sont, nos jambes nous porteront encore bien sur la deuxième moitié de la descente.
Çà y est, le soir du fameux duel auquel on croyait à peine il y a quelques mois est arrivé. Un match entre voisins comme il y en a eu beaucoup, sauf que cette fois-ci l'enjeu est de taille: on est en demi-finale de la Coupe du Monde. Les petits Belges rêvent de faire ravaler toutes les blagues les concernant à leurs meilleurs ennemis, qui eux-mêmes tremblent de se faire humilier par leur voisins à l'équipe talentueuse.
De retour à Sallanches, nos maillots noir-jaune-rouge font tache au milieu de la masse de maillots bleus qui se presse dans les rues. Notre cœur balance entre l'espoir d'un accès en finale, et la crainte d'être malvenus en cas de victoire de nos Diables. Malheureusement pour notre équipe nationale mais heureusement pour nous, le Belgique s'incline 1-0. Si les Français peuvent être mauvais perdants, ils sont en revanche bons gagnants (c'est pas difficile vous allez me dire) et ils nous payent des tournées pour nous consoler
Notre dernière course nous mène au refuge d'Argentière pour gravir l'aiguille du même nom. Malheureusement, on se rend compte pendant la (longue) montée au refuge qu'on a oublié l'appareil photo. Il va donc falloir se contenter de l'image du topo Camp to camp de la course.
On emprunte l'itinéraire de la Flèche Rousse, qui commence pour une montée facile sur le Glacier des Améthystes. Dans la moraine, on manque de peu de marcher sur deux alpinistes dans leur sac de couchage bivouaquant "à la belle". Désolé messieurs, mais bon vous dormiez sur le chemin.
L'Arête de Flèche Rousse offre une montée mixte plutôt technique et aérienne, mais très sympa. Seul hic, la roche est très friable et on craint à plusieurs reprises d'envoyer un morceau de rocher sur celui qui suit. Mais le beau temps est là et on avance tranquillement mais sûrement, et en faisant quelques longueurs, au sommet couleur rouille qui donne le nom de "Flèche Rousse". De là, il ne reste qu'une petite arête de neige facile pour arriver à l'Aiguille d'Argentière (3901 m). Petit pique nique au sommet avant la descente courte mais raide par le Glacier du Milieu.
Après un petit tour au championnats du Monde d'escalade à Cham', il est déjà temps de se séparer. En montagne, le temps passe spécialement vite.
Merci Guillaume pour ces 10 jours attachés chacun à un bout d'une corde. Troisième année consécutive, toujours autant de plaisir, toujours plus de confiance. What's next ?
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