Nous vivons chaque instant de la nuit polaire, nous rencontrons cette étrange ambiance faite d’obscurité bien sûr, mais aussi de repli, de silence et d’immobilité. Notre notion de temps est perturbée, tout semble suspendu, comme figé par la l’épaisseur de la neige et celle de la nuit.
Nous avons rencontré peu d’humains mais les personnes que nous avons croisées sont formelles:
« L’hiver est plus triste à Helsinki » nous disent-elles. « La sensation d’obscurité est encore plus importante car la neige n’est pas là pour illuminer le paysage. A la place il pleut tout le temps ! »
D’ailleurs ici les gens ne compensent pas l’absence du soleil par une débauche de lumière électrique, au contraire ! Quel étonnement de voir si peu de lumière dans les maisons. Tous les foyers se parent des décorations de noël mais pas d’excès, rien de tape à l’oeil. On ne dérange pas la nuit et on n’oblige pas les yeux à un temps d’adaptation trop long entre l’intérieur et l’extérieur.
Et pour nous qui avons l’habitude de voir le jour? Est-ce pesant? Cela dépend des moments, du moral peut-être? Parfois, l’envie cruciale de lumière se fait sentir. Parfois nous enfilons le manteau de la nuit comme une quatrième couche de vêtements, pénétrant ainsi dans un cocon qui protège de tout. Nous pourrions alors marcher indéfiniment, dans un espace-temps bouleversé. La sensation d’être englouti par la pénombre et la nuit laisse peu à peu la place à celle d’être enveloppé pour finalement juste être caressé.
Nous allons jusqu’au bout des possibilités de nos pulkas à supporter une route de moins en moins enneigée. Elles butent sur les graviers jetés par les sableuses. Nous nous apercevrons bien plus tard qu’elles sont percées…Nous stoppons notre périple à Skibotn, premier fjord sur la mer de Norvège après 450 km d’efforts, de doutes, de surprises, d’adaptation et d’émerveillement.