Notre réchaud ne semble néanmoins pas d’accord avec ce programme. Trouvant qu’il a beaucoup travaillé pendant cette expé et qu’on l’a maltraité (alors qu’on en a pris le plus grand soin et nettoyé pratiquement tous les jours), il arrête de fonctionner pour notre petit dej le 3 août. On arrive encore à manger chaud à ce moment, mais ce sera probablement la dernière fois. On a assez de porridge pour manger jusqu’à la fin du trip, on le mangera froid. Sur ces bonnes paroles, on se met en route pour aller à l’étape suivante : la cascade. Après 30min de marche, la pluie nous rejoint : elle ne tarde pas à tomber en véritables trombes d’eau. Remember du deuxième jour passé ici, on est trempés jusqu’aux os en moins de deux. Après environ 3h de marche, on arrive au lieu de bifurcation : est-ce qu’on rejoint la cascade, ou est-ce qu’on rentre direct à Kopyto ? Sachant qu’on ne pourra même pas se réchauffer avec un repas chaud puisque notre réchaud est foutu, et qu’une énorme drache est aussi prévue pour le lendemain… on prend rapidement la décision de rentrer directement à Kopyto, tant pis, les conditions ne sont plus très marrantes, et je dois avouer qu’étant en fin de trip, nos objectifs derrière nous, je commence à rêver d’une douche, d’un lit, et surtout de manger ! Ce n’est pas cette malheureuse poignée de cacahuètes qui me permet de me requinquer. On se remet en route, sachant qu’il nous reste beaucoup de chemin à parcourir pour rejoindre Kopyto. Le terrain est un peu pénible, on évolue dans des hautes herbes, on s’enfonce et ça rajoute une couche d’eau glacée dans nos pompes, comme si on était pas déjà assez frigorifiés comme ça. On ne parle pas, on avance en pilote automatique, on grelotte. Le moment fort de la journée est certainement lorsque Karlotta voit un rocher bouger!! Il n’a pas une hallucination, et après analyse, on constate que c’est en fait un ours énorme qui se balade tout chill sous la pluie. On a tellement le nez par terre pour ne pas se prendre la pluie et le vent dans la tronche qu’on a failli passer à quelques mètres de lui sans le voir ! Petite piqûre de rappel de leur présence, après avoir passé longtemps sur le glacier, nous avions un peu baissé notre garde.
On a un petit regain d’énergie lorsque l’on reconnaît le petit chemin que nous avions emprunté le premier jour, et qui nous mènera à la cabane. Ces derniers mètres me semblent interminables, on est pas loin de l’hypothermie. Cette journée du chien connaît finalement une fin heureuse : lorsque l’on arrive à la cabane, un feu a été allumé par des gens qui s’y trouvent déjà, la pluie arrête de tomber, on se change immédiatement et on fait sécher toutes nos affaires, on se réchauffe enfin, le rêve ! La cerise sur le gâteau : on retrouve notre deuxième réchaud qu’on avait planqué sous la cabane. Alors oui, nous avions deux réchauds au départ, pourquoi avons-nous laissé le deuxième sous la cabane pendant trois semaines ? Glad you ask. Lorsqu’on a préparé notre premier repas (le tout premier), le joint de la bouteille de gaz reliée au réchaud s’est pété. Est-ce qu’on a pensé à juste échanger le joint avec l’autre bonbonne que nous avions ? Pas du tout. Est-ce qu’on a du coup passé deux semaines et demi à se faire chier avec un réchaud qui fonctionnait une fois sur deux et qui nous a obligé à sauter quelques repas ? Absolument ! Cela dit, ça reste une bonne surprise comme ca signifie qu’on pourra manger un truc chaud ce soir et demain matin.
On fait la chouette rencontre d’un guide de montagne russe, venant de Saint-Pétersbourg, venu deux mois au Kamchatka. Il commence son voyage tout seul pour faire à peu près le même programme que nous, avant d’encadrer des clients. Il parle parfaitement anglais et français, il a en fait étudié deux ans à Lyon (il a à peu près notre âge). On papote de politique russe, de tourisme, il nous donne plein de bons plans bouffe pour notre retour (à ce stade du trip, je rêve littéralement de nourriture la nuit, j’ai la DALLE). L’arrêt de la pluie sonne par contre le retour de nos copains les moustiques, ils ne m’avaient pas manqué ceux-là. On mange quand même tout ce qui reste dans nos sacs, autant être les plus légers possibles pour notre retour du lendemain. Nicolaï (le guide) a dû se dire qu’on était des gros bouffis, dès qu’on a fini de manger, on relance autre chose ! Soupe, porridge, lentilles, tout y passe. On papotera avec lui jusque 21h environ, l’heure de se coucher.