L’étape qui me mène de Areu au refuge libre de Baiau est comme un concentré des différents paysages que j’aime : sous-bois ombragés, plateau vert traversé d’une belle rivière, cascades, montagnes verdoyantes, fleurs à gogo, chamois et au bout un refuge dont l’architecture et les matériaux utilisés font penser que je suis arrivée sur Mars. Mon départ le lendemain sera beaucoup moins joyeux car en remontant un pierrier, je fais ma première grosse chute. Rien de très grave mais j’ai eu fort peur. Je terminerai la journée marquée par cet incident. Comme après le départ de mon fils, je sens que cette fragilité momentanée me referme sur moi-même. Et ni la beauté des paysages, ni l’arrivée du soleil après un début d’étape dans la brume n’arriveront à enlever cette petite boule au ventre. Demain ça ira mieux ! Bien que…les jours qui suivent me font traverser Andorre dont j’admire les refuges libres mais dont je suis moins fan des paysages. Leurs villages semblent toujours en phase d’extension, pour des projets urbanistiques pas toujours clairs à mes yeux. C’est aussi à Andorre que je connais l’étape la plus galère de la traversée : détour de 8 kms pour avoir suivi une variante ; très mauvais balisages ; erreur de ma part lors de la prépa de cette étape sur mon application. Bref, je me retrouve à presque 15h, sans comprendre où je suis, déjà bien fatiguée, avec un téléphone quasi déchargé et sur le point de décider d’installer ma tente sans avoir de ravitaillement puisque j’étais censée arriver à un refuge gardé. Et là, miracle…un randonneur semblant tomber du ciel apparait en contre-bas. A deux on met presqu’une heure à retrouver le balisage et face à la montée qui se trouve devant nous, on décide qu’on s’arrêtera dans un refuge libre à deux heures du refuge gardé escompté. Sur cette fin d’étape qui sera une épreuve physique inouïe, je connais ce qui s’appelle le deuxième souffle. Un regain de force et de mental me fait avancer comme une dingue, une sorte d’ivresse me prend, faite du soulagement d’avoir trouvé une solution et de la volonté d’être à l’abri pour la nuit, l’environnement rendant toute perspective de bivouac impossible. Arrivés au refuge d’Engors, j’ai même la chance de tomber sur Jésus qui partagera sa soupe aux vermicelles avec moi. Si je payerai un peu les pots cassés de cette étape de dingue le lendemain en terminant sur les genoux, je retiendrai surtout de cette journée que face à l’adversité, il faut faire confiance à ce que je n’arrive pas à appeler autrement que « ces petits miracles ».
Pour la deuxième fois depuis le début de ce voyage, je vais faire appel à un moyen de transport mécanique pour quitter la ville de Puigcerda. En effet, pour éviter 10 kms de piste forestière ou 5kms de macadam sous le cagnard, je ne suis pas contre de monter dans un bus ou un taxi. Je ne suis pas une randonneuse orthodoxe !