Beaucoup de monde se demande « pourquoi des mecs comme nous ont cet appel vers le Grand Nord ? » et de surcroît, comment sont-ils assez fêlés pour prétendre aimer y aller ! D’autres, curieusement nous envient ces aventures.
Et bien, c’est peut-être surprenant, mais nous aussi c’est une question fondamentale que nous nous posons souvent en expé ! Par exemple, par un soir glacial et sous tente nous nous demandions : “Mais qu’est-ce qu’on fout ici ?!!”
Après cette expé dans le Hardangervidda, je suis rentré chez moi à Londres, et je pense avoir reçu une partie de la réponse … dans la figure …
Nos grandes villes occidentales reflètent très bien les extrêmes de nos sociétés. Par exemple, Londres est une ville en ébullition constante. Quand je suis chez moi, mon organisme doit en permanence assimiler une soupe d’informations imposées sous toutes les formes, qu’elles soient visuelles, auditives ou émotionnelles. Au fil du temps je ne me rendais même plus compte du flux d’informations.
Le plus marquant est l’écoulement continuel d’images. Les exemples qui me viennent à l’esprit sont par exemple la publicité, la marque, le logo qui sont devenus omniprésents dans notre quotidien. Quand je suis en vélo, je croise les taxis ou les fameux bus rouges qui ont pour beaucoup, perdus de leur élégance, ayant été recouverts d’images publicitaires plus multicolores les unes que les autres.
Ou encore, viennent les informations auditives qui sont tout aussi imposées et envahissantes. Cela devient presque impossible de ne plus souffrir des nuisances sonores provenant par exemple, des musiques de fond de plus en plus ‘à la mode’ dans l’horeca et en magasins, ou encore avec un groupe d’amis. Toujours ce besoin de combler le silence qui semblerait-il fait si peur à l’être humain. Je pourrais aussi mentionner des divers transports urbains, les téléphones qui sonnent, les sirènes sifflantes, les klaxons agressifs, les pelleteuses destructives et les voix vociférantes. Et cette liste n’est pas exhaustive …
En bref, nous affrontons quotidiennement une marée d’informations souvent inutiles, mais tant inévitables que nous nous y habituons.
Et puis soudain …
devant soi, deux skis embrassent le sol vide et enneigé. Écrasés par les interminables étendues vierges … C’est le grand nord.
C’est exactement là où je veux en venir. Le contraste entre nos espaces d’habitation occidentales et le grand blanc, sans début ni fin, hors du temps et hors des gens.
L’arrivée dans le grand nord nous projette dans un monde inviolé par l’invasion d’informations. On se retrouve simplement face à un écran blanc, souvent sans couleur, sans odeur. Un vide total d’informations … Il ne nous reste plus que le son monotone des vents. Toute cette société qui nous a conçu et qui nous tourmentait aussi s’est effacée.