Les kilomètres défilent, on entend que le bruit de nos pas et de notre souffle. Je m’efforce de rester juste derrière Guillaume, il marche à un rythme de folie. Très vite, on se retrouve coincé par une rivière… Aucun passage. La procédure est alors toujours la même. On retire les chaussures et les chaussettes, on marche dans l’eau glacée et on évite de tomber dedans. Après avoir séché nos pieds et remis nos chaussures, on repart. Il arrive que l’on suive le chemin et puis plus rien. On ne sait pas où on est ni où on va, on est perdu. Dans ces cas-là, il faut chercher les petits « T » rouges qui indiquent le chemin. Ces petits « T » sont en fait la seule trace de l’homme, la seule chose qui nous relie à la civilisation. Pour trouver les « T », c’est toujours Guillaume qui gagne. Et quand on ne trouve pas, il faut marcher à l’instinct et tâcher de repérer la trace du chemin. Heureusement, il n’est jamais bien loin.
Par moments, le paysage ressemble à la savane africaine, de l’herbe jaune et des arbres bas dispersés et peu nombreux. A la différence que le sol est toujours constitué de marécages qui se font de plus en plus persistants. Mais par chance, on remonte en altitude. Là-haut, les marais n’existent pas, la progression est facile. On croise à nouveau des rennes, ils nous fixent. La sensation d’un spectacle réciproque se fait ressentir. Ont-ils déjà vu des humains auparavant ? Sans doute, mais pas beaucoup.
Au début de cette mini-expé, je m’étais vite retrouvé face à mon plus gros problème quand je marche, l’ennui. En effet, à quoi penser ? Comment s’occuper ? Alors je pense à ma vie à Bruxelles, à mes études… Mais si je marche ici, c’est justement pour m’évader de tout ça car ici, rien ne nous lie avec notre vie « civile ». On n’a pas internet, pas de réseaux sociaux, des fois, pas de réseau tout court. Mais la grande différence c’est qu’on voit que tout ce dont on peut se plaindre en Belgique ne le mérite souvent pas. Nous vivons dans un confort qui est tel que nous avons tendance à créer des problèmes qui n’en sont pas vraiment, du moins c’est ce que je pense.
Ici, il n’y a que 2 choix possibles : avancer ou ne pas avancer. T’avances, tu rentres chez toi. T’avances pas, tu restes. Et c’est ça le remède à mon ennui. C’est l’envie d’avancer, l’envie de mettre un pied devant l’autre et de savoir qu’à chaque pas la distance qui est derrière augmente et celle qui est devant diminue… Quand on a trouvé cette motivation, on devient inarrêtable. L’ennui n’existe plus et on ne pense qu’à une chose, c’est marcher.
Cette mini-expé touche à sa fin. Nous nous trouvons désormais dans une forêt qui ressemble aux Ardennes mais celle-ci est une gigantesque mare de boue. Pour éviter la boue du chemin principal, il y a des chemins alternatifs qui le longent et pour éviter la boue des chemins alternatifs, il y a des chemins alternatifs aux chemins alternatifs et pour éviter la boue des chemins alternatifs aux chemins alternatifs eh ben il y a… nan c’est une blague lol.
Ca y est, nous arrivons à destination, on a bouclé les 24km en 5h de marche au lieu des 8 prévues. Fiers de la performance, nous commençons à rouler vers Trondheim. Dans la voiture, je réfléchis. Je me demande où j’irai la prochaine fois, dans quel pays, dans quel endroit, mais il est certain que la Scandinavie ne m’a une nouvelle fois pas déçue… et que je reviendrai.