En montant encore un peu, j'aperçois le col entre la Grande Rocheuse et la Verte. Je commence à fatiguer. Mes mains sont endolories à force de serrer les piolets. Je m'arrête régulièrement.
Enfin, j’atteins le col. Moi qui pensais qu'il était un minimum large, je suis surpris de découvrir une vue plongeante sur le bassin d'Argentière, 1000 mètres plus bas ! Au même moment, Sam revient du sommet. "Je ne suis pas sûr qu'il y ai vraiment le temps d'y retourner..." Argh ! C'est si proche ! C'est impossible de s'arrêter en si bon chemin ! Comme le guide était encore en train de monter la dernière fois que je l'ai aperçu, je me dis que ça doit quand même le faire. Allez j'y vais vite.
L'arête est bien aérienne avec ces pentes raides qui fuient jusqu'en bas de chaque côté. Ici, la neige est poudreuse. Je suis fatigué et je fais bien attention de ne pas me prendre les crampons dans le pantalon. J'ai tellement rêvé devant des photos de cette arête sommitale. Au début, c'est un peu tenant de marcher accroupi, surtout avec les piolets courts mais on contrôle mieux debout. Après 10 minutes, je gagne le petit dôme de neige qui forme le sommet.
WAAAAWWWW !!!
Il est un peu avant 8h. Je suis seul là haut, pas très loin du paradis. En bas, la vallée est encore endormie. Je prend juste le temps d'avaler un biscuit en profitant un maximum de la vue. Ce moment-là, je le sais bien, il est unique.
Allez encore un petit tour. Chardonnet, alpes valaisannes au fond, aiguille d'Argentière, Grande Jorasse, dent du Géant, Mont Blanc,... C'est bon, ils sont tous là, je peux descendre.