Je me suis réveillée malade, j’avais vomi toute la nuit. Je ne savais pas quoi faire, démarrer et prendre sur moi ou abandonner. Démarrer un jour plus tard était compliqué car je n’avais aucun moyen de m’avancer d’une étape autre qu’en faisant du stop (seule en tant que fille ne me rassurait pas) et j’avais déjà mon billet de train pour le retour. J’ai fini par me décider, je savais que ça ne durerait qu’une journée, je suis donc partie avec quelques heures de retard.
J’ai quitté Métabief vers 11h en commençant par une belle petite montée. Le début, proche de la station était tracé, mais plus je m’en éloignais plus je devais faire ma propre trace et plus le vent se levait et la neige tombait. Ce n’était pas simple pour commencer. Je n’avais plus rien dans l’estomac, j’avais faim, mais ce n’était pas possible de s’arrêter. J’ai longé une falaise sur environ 2 km, les 2 plus longs km de ma vie (j’ai d’ailleurs su que j’étais au bord d’une falaise uniquement grâce à la carte et au panneau « précipice », ça en disait long sur ma visibilité, pour la vue sur les alpes on reviendra). Je ne voyais rien et malgré les raquettes je m’enfonçais fort. Le vent soufflait tellement que ma trace se faisait recouvrir casi instantanément et je me faisais déportée. J’avançais à l’aveugle de balise en balise sans vraiment savoir où j’allais en vérifiant de temps en temps ma localisation sur fatmap, j’étais passée en mode automatique. J’ai été tellement soulagée de quitter cette crête et de retrouver un semblant de trace. Quelques km après avoir quitté cette crête, je suis arrivée devant une auberge, je me suis arrêtée et après un chocolat chaud je suis repartie.
Je suis arrivée vers 17h à la cabane de la route à Cyrille. J’ai pris le temps de me poser, d’allumer du feu, de faire fondre de la neige, … Il faut savoir que j’ai pendant très longtemps eu peur du feu. Je dois avoir gratté ma première allumette à 14 ans, et j’avais gardé l’habitude de laisser faire les autres quand il fallait allumer du feu ou cuisiner avec un réchaud. C’était donc déjà un sacré défi d’allumer ce feu. J’ai aussi pris le temps d’écrire et je me suis rendue compte que le fait d’être seule rendait beaucoup de choses plus compliquées, au moindre petit coup de mou, il n’y avait que moi pour me remotiver. Je devais me porter toute seule, et j’avais réussi cette première journée (qui était un peu violente pour commencer).
Je n’étais pas très à l’aise dans cette cabane de chasseur seule, mais j’ai finalement su passer une bonne nuit. Mon estomac allait mieux mais j’avais besoin de repos.