Une fois au pied du mur, je prends 2 minutes pour évaluer ma trajectoire. Je repense à tout ce que j'ai lu dans le bouquin sur les avalanches. A vue d'œil je suis certainement sur une pente à plus de 30°. Bon ... Même si ça à l'air de bien tenir, je vais minimiser les risques et je vais rester proche des rochers. J'attends Dom avant de me lancer, je ne le vois pas.
Quelques minutes plus tard, ne le voyant toujours pas, je monte un peu pour avoir une meilleure visibilité. Je suis maintenant complètement exposé au vent. Il souffle si fort que je dois m'arrêter net pour garder mon équilibre et mon ancrage. Je me retourne. C'est bon, je vois Dom. Je continue mon combat face au vent et je fais deux trois bonnes conversions dans une neige de plus en plus dure. J'arrive rapidement à la moitié.
Après une courte pause pour observer la progression de Dom, je repars. Ça se complique. Il n'y a plus de neige. Je suis sûr de la glace. Je dois mettre mes couteaux. Opération délicate en milieu hostile mais parfaitement contrôlée. Il faut dire qu'avec la péripétie sur le Col de Brérad je ne me suis pas laissé impressionner. Je reste concentré et réussis à mettre les deux couteaux sans déclipser.
Dans ce déluge de cristaux, je repars fier de mon coup ! Dom prend son temps à la base du mur et met ses couteaux bien au calme, à l'abri du vent. Avec les couteaux, ça avance tout seul, mais à l'approche du col, le vent redouble d'intensité. Je me fais tout petit et fixe le sol. Je suis obligé de m'immobiliser toutes les 5 secondes pour me restabiliser. C'est intense. Encore deux conversions et je suis au sommet.
Je relève la tête entre deux gifles de vent, objectif en vue : le Boerio, comme dans la vidéo ! Génial ! Je suis pile sur le col. Le vent souffle si fort que je ne peux pas rester là. Je vois Dom en contrebas qui avance dans ma trace. Au loin, la porte du refuge s'ouvre et Thomas me fait signe de venir. Pendant quelques secondes, je ne sais pas quoi faire. Faut quand même que je garde Dom en visuel, il est dans une partie technique. Je ne peux pas rester là, il y a trop de vent, c'est dangereux.
Dom à une bonne allure. J'ai confiance et il est bien plus expérimenté que moi. Je me dirige donc vers le refuge. La porte sort à nouveau. Dans les rafales, le valeureux Thomas sort pour m'aider à me déchausser. Il prend mes skis et les rentres. Je rentre, j'ai même pas le temps de dire quelques mots pour le remercier que je vois Dom à travers la vitre. Je file dehors, on s'échange une accolade pour se remercier pour l'ascension. À mon tour, je le déchausse de ses skis. On rentre : "Quelle ambiance !" dit-il en souriant.