"Ulaanbatar is half the Mongolian population and one of the most polluted cities in the world" explains Quentin who bravely came to pick us up on a Sunday at 6am at the airport. Still a little head in the ass after 12 hours of flight, I look at him astonished grilling a red light. "It's normal here," he said with a smile.
Nous découvrons effectivement une ville hors du commun, en pleine transition. Le centre, moderne avec ses ambassades et ses immeubles, contraste avec la banlieue où encore beaucoup d'habitants vivent dans des yourtes sans eau ni électricité. Marchés bruyants, circulation cahotique, la capitale la plus froide du monde bruisse d'activité aux premiers rayons du printemps. Nous nous dépêchons de dévaliser le plus grand supermarché de la capitale en porridge, barres de céréales et soupes pour notre départ vers Ulgii, deux jours plus tard.
Nos sacs prêts et nos vivres achetés, nous voilà repartis pour l'aéroport. Vient alors un fastidieux contrôle de nos sacs où il nous faut expliquer en détail tout notre barda d'expé aux agents de contrôle à l'Anglais approximatif. Ouf, Dom est bon en langage des signes et ça passe. On s'en tire avec quelques paquets d'allumettes en moins et une grosse frayeur pour Dom au moment où il a cru que les agents de sécurité lui demandaient de boire toute sa bouteille de whisky d'un coup.
Malheureusement, une mauvaise nouvelle nous attend dans le hall d'embarquement: notre avion est retardé de 2 jours à cause de vents trop violents. Dom croise le dépit dans mon regard et comprend ce que je ressens : je ne veux pas retourner à Ulanbaatar, j'ai besoin de bouger, de respirer. Nous laissons les sacs à l'aéroport et nous partons pour 2 jours dans les steppes.
L'immensité des steppes s'offre à nous et nous respirons. Nous partons, légers, naturellement attirés par les monts qui parsèment le paysage. La randonnée longeant les sommets offre une vue magnifique sur le vaste horizon. Au-dessus, un aigle nous accompagne. Nous redescendons par un monastère aussi impressionnant que désert. Nous avons retrouvé le sourire et repartons pour l'aéroport. Cette fois-ci, l'avion décollera.
Après un vol cahoteux vers Ulgii et l'achat d'un bon gros morceau de yack, nous entamons la dernière partie de notre voyage vers l'Altaï : un périple de 10h dans une camionnette russe comme on en fait plus. La première partie du voyage, sans suspensions à travers terre et rochers, nous semble presque confortable quand nous arrivons à une série de lacs gelés qu'il nous faut traverser.
Nurbol, notre guide, ainsi que le chauffeur sortent de la voiture et traversent le lac à pied en tapant de leurs grosses chaussures afin de vérifier sa solidité. Nous observons de la rive, pas très rassurés. Ça a l'air bon, on y va. Je suis sur le point de leur dire de traverser sans moi, que je les rejoindrai à pied mais je me ravise au dernier moment. You only live once, comme on dit.
Après coup, j'ai bien fait de rester dans la voiture puisque vu le nombre de lacs gelés qu'il nous faut traverser, j'y serais encore si j'avais du tout marcher. Nous arrivons finalement chez le dernier éleveur de la vallée. Au-delà, c'est les montagnes et la solitude. Après un thé sous la yourte, ses enfants nous aident à transvaser la moitié de nos affaires dans sa camionnette russe afin d'appliquer une tactique mongole bien rodée pour traverser les lacs gelés.
Ladite tactique est très simple et ne nécessite que très peu de matériel : 2 camionnettes russes, 1 câble et 1 lac gelé, de préférence susceptible de craquer à certains endroits ou sinon la méthode n'a que peu d'intérêt. Pratiquement, une fois que la première camionnette est partie sur le lac, la seconde suit à quelques centaines de mètres en suivant exactement les traces de la première. Quand la première camionnette s'embourbe ou s'enfonce dans le lac car une partie de la glace a craqué, la seconde camionnette tire la première qui peut alors continuer comme si de rien n'était. Il est conseillé aux personnes cardiaques de préférer la seconde camionnette à la première.
Une fois arrivé à notre lieu de résidence pour les 3 prochaines semaines, il nous faut encore monter la yourte. Enfin on, plutôt ils puisque même si c'est très mignon, ce n'est pas aussi facile que ça à monter une yourte. Aux touristes que nous sommes revient la tâche extrêmement importante de tenir la porte et l'armature. Nous nous acquittons sans trop de difficultés de notre tâche et la yourte est montée avec les derniers rayons du soleil. Un morceau de viande cheval, un petit verre de vodka et voilà tous ceux qui nous accompagnaient repartis. Nous voilà à deux, au milieu de l'Altaï.
L'Altaï mongole, c'était un peu notre domaine skiable privé, sans personne d'autre que nous pour y glisser. Parmi les sommets et glaciers qui constituaient le paysage de notre yourte, nous choisissions chaque soir un objectif pour le lendemain.
A vrai dire, nos randonnées quotidiennes relevaient plus de l'exploration que du ski. Sans topo, il nous fallait chaque jour nous frayer un chemin à travers le relief. Essayer, faire demi-tour, contourner, improviser, c'était notre quotidien. Parfois on peste d'avoir pris le mauvais chemin et de se retrouver au milieu d'un pierrier ou de devoir remettre les peaux alors qu'on aurait pu descendre d'une traite, mais l'inconnu rend nos aventures tellement plus exaltantes.
Quand on est habitué au relief alpin, tout semble loin dans l'Altaï. Une montagne qui semble proche est parfois à presque 10 kilomètres et les glaciers, allées démesurées de ces vastes étendues, s'étalent à perte de vue.
Pour notre premier jour de ski, nous nous lançons vers l'un des sommets les plus proches de notre yourte. Il ne semble pas fort éloigné de la yourte, c'est pourquoi nous partons à notre aise, avec seulement 2 thermos de thé et quelques en-cas. La course, splendide, nous prendra 10 heures. Nous rentrons alors que le soleil décline, épuisés, assoiffés, mais nous avons compris la leçon. Dorénavant, lorsque nous estimons une distance, nous faisons presque systématiquement fois 2.
Les journées filent et lorsque nous rentrons, nous sommes épuisés. Alors nous nous asseyons dehors dans nos chaise de camping et nous admirons l'immense paysage qui s'offre à nous et que nous avons parcouru toute la journée. On est tout d'un coup envahi d'un sentiment de plénitude et le regard brille d'un éclat particulier. On a juste envie de rester là pour toujours, à regarder le soleil se coucher entre les montagnes. Seul le froid nous fait rentrer alors que les derniers rayons du soleil disparaissent derrière les sommets.
Lorsqu'on est perdu au milieu de nulle part, les quelques rituels quotidiens deviennent vite importants et marquants. Le premier de ces rituels, après la douloureuse sortie du sac de couchage, était l'allumage du téléphone satellite. Nous attendions alors impatiemment l'arrivée de la météo journalière, que mon papa nous envoyait consciencieusement depuis la Belgique tous les jours, sous forme de code de maximum 256 caractères. Je me chargeais alors de déchiffrer la météo tandis que Dom, par de savantes analyses sur la pression atmosphérique et l'orientation du vent, déterminait si oui ou non il allait y avoir une terrible tempête aujourd'hui. La plupart du temps, il faisait simplement très beau et nous pouvions aller skier sous un soleil radieux.
Un second rituel, qui impliquait lui plutôt Dom, était d'aller voir si un loup n'avait pas mangé notre morceau de viande de yack pendant la nuit. Je souris encore en le revoyant aller déterrer sa précieuse bidoche pour vérifier qu'elle est intacte, la réenterrer et revenir avec un sourire satisfait.
Lorsque la nuit tombait, il fallait également allumer le petit poelle qui trônait au milieu de notre yourte. Avec peu de cartons et d'allumettes, la tâche s'avérait parfois compliquée et la yourte a plusieurs fois fini pleine de fumée de charbon mais la chaleur procurée par le poelle valait bien tous ces tracas.
Le soirée était rythmée par deux rituels, l'un extrêmement pénible et l'autre extrêmement agréable. Le premier n'était autre qu'aller laver la vaisselle dans l'eau glaciale du ruisseau qui passait près de la yourte. Heureusement, les engelures apparues sur mes doigts dès les premiers jours me donnaient un bon prétexte pour laisser Dom s'en charger.
Après l'épreuve la dure épreuve de la vaisselle venait le réconfort de la séance cinéma. Emmitouflés dans nos sacs de couchage, sirotant un whisky accompagné de chocolat et de fraises, la journée se terminait devant 'La vie rêvée de Walter Mitty' ou 'Sully'. Déconnectés, isolés de tout, on est frappés par le surréalsime de nos habitudes banales.
Au final, ce qui nous pousse à nous isoler si loin de tout, c'est sans doute la curiosité. Chaque col révèle un paysage nouveau, chaque montagne en cache une autre, tout est différent et rien n'est pareil. Franchise dans le regard, simplicité dans les paroles, les nomades de l'Altaï nous font rire et nous fascinent et nous impressionnent tout autant que le décor qu'ils habitent. Chaque découverte aiguise un peu plus la curiosité et nous pousse à faire un pas de plus dans l'inconnu.
Au loin, un glacier majestueux attire notre regard. Il n'en faut pas plus pour réveiller notre envie de découverte et nous quittons le confort de la yourte pour nous enfoncer dans les montagnes. Ce qui est étrange, c'est que moins on a de confort, plus on se marre. On a plus la chaleur de la yourte mais qu'est ce qu'on se marre avec Dom à faire une terrasse de neige pour notre tente. Le lendemain, Dom parvient même à me réconcilier avec le porridge grâce à une recette peaufinée par plusieurs dizaines d'années d'expé. Comme quoi tout est possible.
Alors que défilent les glaciers immaculés et les nuits étoilées, le regard brille d'un éclat particulier, comme s'il se réjouissait d'un spectacle qu'il sait unique et grandiose.
Après 3 jours, on décide quand même de rentrer à la yourte. Purée, mais qu'est ce que c'est bon de réchauffer ses mains au-dessus du poëlle en entendant le vent rugir dehors.
L'isolement de l'Ouest mongole nous fait prendre conscience à quel point on est pas habitués à une telle solitude. Les 6 jours suivant notre arrivée, nous ne croisons personne. Alors, lorsque deux rangers viennent prendre le thé à la yourte, c'est l'événement de la journée. Il ne parlent pas un mot d'Anglais et on ne comprend rien à ce qu'ils racontent mais c'est un contact et c'est le principal. On essaie de leur montrer tout notre matos d'expé avec des grands gestes, ils rigolent, on rigole et c'est parfait. On boit un thé, puis un deuxième, puis un troisième, on a tout notre temps et ils ne sont pas pressés.
La seule autre compagnie que nous avions, mais celle-là était invisible, c'était les loups. Des plus hauts glaciers aux alentours de la yourte, on croisait leur traces partout mais ils ne se laissaient jamais apercevoir. Seule une nuit, les hurlements d'une meute nous ont sortis de notre sommeil. Bien qu'infondée, quand on entend les cris aigus des loups déchirer le silence de la nuit, on comprend un peu mieux la peur de l'homme pour ces animaux solitaires.
Une expé sans quelques bons livres ce n'est pas une expé. Alors que dans mon quotidien je ne trouve jamais plus de quelques dizaines de minutes pour lire, en expé je peux me plonger dans un bouquin durant des heures. La notion du temps s'étire, on laisse la pensée s'évader et palpiter au rythme des péripéties et des rebondissements. Entre rêve et réalité, l'esprit exulte.
Quel plaisir aussi de prendre de temps de discuter tranquillement avec Dom d'une bonne lecture autour d'une tasse de thé.
After two weeks on our own in the mountains with Dom, we were joined by 3 guys from different corners of the wolrd: Dastan, Marcel and Quentin. I'll write the last part of this story in English so that they can read it too. I apologize in advance for the mistakes that I will not fail to make. I place all my trust in Google Translate so contact Google for any complaint.
To come back to our 3 guys, they were quite unlucky in the first days. We had good weather for 2 weeks but the day after their arrival, the weather closed in and it became windy and snowy. Fortunately, these guys never run out of jokes and any bad situation quickly turns into crazy laughs. So we went up in the storm with our heavy bags to set up a second yourt on the heights of the Tavan Bogd.
With our second camp set up at the bottom of some of the highest summits of Mongolia, we could not resist climbing one of them. We settled our choice on the Malchin Peak, which we climbed on a beautiful day before enjoying a nice ski descent on the Russian side of the peak.
Besides the alpine fact, the climb was also a very successfull marketing operation, allowing Dastan to promote some his products with a suberb view in bottom.
Living the 5 of us in a yourt is not as easy as just being 2. For instance, Dastan didn't really like the smell of my socks. Of course, it's easy to say such things when you're here for 2 days while others are living as wildlings for 2 weeks, but he's a nice guy so I'll forgive him for this indelicacy. Besides that, I must admit that's he's really good at making jokes altough I wouldn't dare to mention some of them here.
Besides the crazy laughs, the evening also brought some very interesting discussions with Marcel and Quentin. Travelling the world with NGO's, they made me open my eyes to realities I was not aware of.
And of course you've got Dom. Always there to give you hand, always the right trick to solve a problem. After 3 weeks together in the Altaï, should I really say anything more ? A glance is enough.
After three weeks, it was time for me to leave this hell of a place and the guys that go with it. What a sadness as my skis take me away from this incredible place, but what a serenity whenever these huge landscapes reappear in my mind.
Many thanks if read through all this long story, I hope you found it interesting. I don't really know how to end it so I guess I'll rewrite a sentence in French of one of the books I read up there that summarize quite well this journey.
Aussi loin que portait le regard, la terre se hissait sur la pointe des pieds pour caresser le ciel. Et dans cette intimité flamboyante où chuchotaient les dieux, l'homme insignifiant n'était que toléré, spectateur silencieux et stupéfait.
Vous trouverez des détails de l'expé et un récit de Dom sur notre Capexpé capexpe.org/groups/exploration-de-laltai-mongole-a-ski-2017/
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