Marcher le long du Mur d’Hadrien, c’est comme marcher sur une grande éponge. En effet, tout y est spongieux, de la flotte partout en haut, en bas, dedans, dehors, c’est vraiment affolant. Mais au bout de quelque jours on s’en accommode assez bien... Je dirais même que l’on s’y adapte si bien qu’on en devient soi-même une éponge. Le premier jour cela commence par les pieds avec l’apparition de la douce cadence de marche, “sproutch sproutch sproutch …“. Puis l’état “éponge“ arrive aux jambes “froutch froutch froutch…“ pour encore ensuite s’inviter progressivement à toutes les autres parties possibles du corps et de l’équipement jusqu’au sac de couchage. Il est malheureusement impossible de remuter à l’état humain vu les taux d’humidité qui dépassent souvent les 90%. Donc voilà, il fallait se faire à l’idée que j’allais être à l’état “éponge“ durant mes six jours de trek.
Durant les premières étapes, je longe le grand fossé qui se trouvait au pied du mur tout le long de son élévation. Puis, petit à petit un talus avec quelques cailloux commençait à poindre son nez du paysage. C’est le deuxième jour qu’un “waaa-w“ s’échappait de ma bouche à la vue de deux tronçons authentiques du mur, qui n’avaient visiblement pas encore été consolidés par les archéologues.
Au fur et à mesure de ma progression, les restes du mur étaient de plus en plus visibles jusqu’à la région au centre du pays où les fondations du mur avaient été consolidées. J’étais émerveillé à l’idée d’imaginer cette structure dans son entièreté, qui incluait aussi des forts, des tours, des ponts, les portes fortifiées ! Et cette question qui me revenait souvent “comment ont-il fait?“. La civilisation romaine me passionne. Je suis toujours surpris de constater que ces colonnes, ces statues, ces lettres incrustées dans la pierre sont encore visibles partout autour de “leurs mers“, je peux les admirer ici en Ecosse, tout comme en Turquie et jusqu’en Jordanie … Aussi l’idée que ces vestiges aient traversé plus d’un millénaire me donne un sentiment de vertige et de perte totale de la notion du temps.
Et me voilà marchant tel Gertrude Bell sur ces précieux vestiges.