Enfin c’est ce que je croyais, jusqu’à ce qu’Antoine me relance sur WhatsApp : « Dom tu ne serais pas chaud grimper en falaise un de ces 4 ? » Ben oui mon bon Antoine, …, évidemment que j’ai envie de grimper en falaise mais nous sommes en période de confinement tu sais, … Je l’ai donc tout d’abord gentiment envoyé dans les roses, encore trop cramponné sans doute au confort de ma solitude dorée.
Pensez-vous qu’il allait se laisser faire le bougre ? Que nenni ! Il insista et même plus que lourdement : « J’arrive en train à la gare de Sy, tu m’y retrouves avec ton bolide électrique et on garde les masques en bas des voies. Et comme cela en plus je te ramène le packraft que Cap Expé nous a prêté pour notre micro-expé à Gand avec Rodrigue. » J’en restais bouche-bée tandis qu'il continuait : « Mardi 10h à la garde de SY ok ? » Ne sachant plus trop quoi penser, je finis par dire oui.
Deux heures plus tard, il me relançait déjà : « Dom, je suis avec Bruno, il ne peut toujours pas grimper avec son doigt blessé mais il propose de faire les 120km jusque chez toi en vélo pour nous rejoindre le soir. On loge sous tente dans ton jardin et on mange sur la terrasse, ok ? Je prends un sac de couchage pour lui mais peux-tu lui prêter une tente et un matelas ? » D’habitude je suis plutôt du genre à ne pas me laisser faire mais là j’étais scié et il continuait. « Comme cela on pourra redescendre l’Amblève à trois le lendemain. C’est pas une bonne idée ça ? » J’en restai une fois de plus hébété, incapable d'ouvrir la bouche pour refuser ce que ce petit ket me proposait. Tout cela devait sans doute bien m’arranger et il devait bien le sentir malin comme il est mais j'étais surtout estomaqué par son culot. Ce qu’il sentait probablement moins c’est que se faisant, il me sortait surtout de ma torpeur.
Du coup j’ai envoyé un message à Gatien, mon petit neveu qui passait ses vacances de Toussaint pas loin de chez moi pour lui demander s’il ne se joindrait à nous pour cette descente inoubliable en packraft. Trente secondes plus tard il me répondait : « Papa est chaud nous accompagner aussi. » Nous voilà donc à 5 pour descendre l’Amblève un 11 novembre depuis Stavelot, lieu d'une des plus grandes tragédies de la fin de cette guerre qui fut, il est bon parfois de nous le rappeler, tout de même bien pire que notre pandémie actuelle.