Les Flolopapy’s, c’est le nom qu’on s’est trouvé dans la tente au pied de Naranjo de Bulnes, dans les Picos de Europa, il y a presque 1 an. « On » ? C’est Loic, Pablo Pierre et moi, Florian, quatre petits grimpeurs belges qui ont lié une grande amitié sur les parois du Pico Uriellu.
Et quand on parle d’escalade (ou de chocolat), on en a jamais assez ! Alors histoire de profiter de nos grandes vacances, on a prévu un programme d’enfer : du bloc, du trad, de l’alpi’, du deep water solo et des grandes voies.
De mémoire, Loic finissait sa session le dernier, aux alentours du 27 juin. Le lendemain de son dernier examen, au matin, on roulait déjà en direction de notre première étape : Magic Wood.
Site de bloc sur granit connu partout dans le monde, c’est la destination idéale pour un trip d’été : on est légèrement en altitude et les rochers sont disséminés dans une superbe forêt de pins qui les abrite du soleil et apporte la fraîcheur nécessaire. En plus, la rivière permet de se rafraichir, mais aussi de prendre sa douche pour ne pas payer celles du camping…
Pas de bol pour la météo la première semaine : quasiment que de la pluie. Le ‘Bruno bloc’ nous permet de grimper au sec sous son énorme dévers. Loic enchaîne ‘Never Ending Story part 1’ et Pablo et moi faisons la croix dans ‘Supernova’. Ensuite, le beau temps s’installe et on peut aller plus loin dans la forêt pour se trouver de nouveaux projets. Alors que Pablo doit nous quitter (il se paie des vacances dans les Acores...), Antoine, armé de sa bonne humeur, nous rejoint. On restera presque 10 jours de plus à se donner à fond dans tous ces blocs.
C’est donc bien en forme que l’on arrive le 15 juillet dans la nuit à Ceresole Reale, dernier village du Val d’Orco, dans le parc du grand Paradis. Comme il fait complètement noir, on installe la tente sur un parking et on se fait rapidement à manger. Au réveil, on découvre le très joli lac de la vallée ainsi que les montagnes qui nous entourent. On trouve facilement le topo dans la librairie du village et on en profite pour tester la boulangerie : les petits gâteau chocolats amandes sont une tuerie ! On est paré pour aller grimper.
Souvent appelé ‘Little Yosemite’, le Val d’Orco est connu pour être l’un des meilleurs spots de trad d’Europe. Et du trad justement, on en a presque jamais fait ! Il a donc fallu que l’on apprenne à coincer nos petites mains de grimpeurs de salle dans ces fameuses fissures, mais aussi nos pieds, nos avant bras et parfois même nos épaules. Et qui dit fissures dit friends, câblés, tricams et compagnie. Ici, pas de spit : on se protège avec son propre matériel. Enfin, quand je dis ‘pas de spit’, je parle des longeurs en fissure. Car une particularité du val d’Orco, c’est qu’il y a au moins autant de dalle que de fissures. Sur les quelques longues voies que l’on a pu parcourir, la moitié des longueurs se fait sur en équilibre des micros-pieds. L’équipement est très bon mais éloigné quand c’est facile : il faut rester calme et avoir confiance en l’endurance de ses mollets !
La vallée est aussi chargée d’histoire : c’est un des premiers sites que les italiens investissent. Ils sont d’abord attirés par la paroi principale : le sergent. Ils y ouvrent de nombreuses voies, dont le nom fait un peu hésiter le grimpeur à se lancer dans l’aventure (Fessura della disperazionne, Nicia della tortura). Au fur et à mesure de leur exploration, d’autres parois sont grimpées, comme le Caporal, la tour de Aimonin, etc. Les forts grimpeurs de ‘l’époque’ sont tous passés par là ! Personnellement, je me suis un peu sentit sur les traces de Patrick Edlinger, à grimper la Fissure du Panetone, à bivouacer au pied du Sergent et à simplement se mettre à la vie de grimpeur.
Deux semaines plus tard, on doit reprendre notre chemin. On va rejoindre Chamonix et laisser partir Pierre. Guillaume nous rejoindra une semaine plus tard, le soir de notre descente de l’aiguille du midi. Loic et moi venions de faire le sommet du Grand Capucin, un petit aboutissement de notre jeune vie de grimpeur. Malheureusement, la météo se fait de nouveau capricieuse et on décide de descendre dans les Ecrins. Loic et Guillaume ont très envie de faire la traversée de la Meije, et je me laisse convaincre.
Après un court passage à Sigoyer pour découvrir la falaise de Céüse (lors duquel on se promet de revenir), on se retrouve avec nos gros sacs sur le dos. On entame la marche vers le refuge du Promontoire (3092 mètres). La marche se finira sous la neige pour Loic et moi, Guillaume étant arrivé beaucoup plus vite que nous là-haut ! Fredi Meignan, le gardien, nous accueille très cordialement. Après un bon repas, il vient nous dire qu’avec la neige qui ne cesse de tomber, la Meije est complètement plâtrée et que la traversée risque d’être vraiment plus compliquée le lendemain. Après quelques discussions, on décide de changer l’objectif de demain : on fera l’arrête de la Convention !
La course que l’on a choisie, plus simple, permet de rejoindre le sommet de la pyramide Duhamel. L’itinéraire est beaucoup plus court que pour la traversée de la Meije et on peut donc dormir jusque 9h sans problème. Une grasse mat au refuge, c’est le pied ! Malgré le fait que l’on démarre relativement tard, le soleil commence seulement à chauffer et il reste pas mal de neige sur la face. C’est Loic qui est en premier de cordée suivi de Guillaume, alors que je ferme la marche. Vu que c’est la première fois que l’on progresse sur du mixte comme cela, on prend notre temps pour assurer nos pas. Tout se passe bien jusqu’à ce qu’on tombe devant un mur qui nous paraît bien compliqué à grimper en grosses… Visiblement, on n’a pas encore tout à fait le sens de l’orientation au milieu de tout ces rochers. Après un petit cookie de réconfort, on décide de faire demi tour, tout de même très content de notre petite escapade.
La descente le soir même se passe sans encombre et c’est un guide local qui nous conseille la pizzeria du coin pour retrouver des forces.
De retour à Chamonix, je quitte les deux fous pour aller passer quelques jours en famille en Suisse. Alors que je mange de la bonne raclette, ils feront, en autre, l’Aiguille de la République et l’Arrête des Cosmique pour les 21 ans de Loic.
21h30, 28°C. Je sors de l’aéroport pour retrouver Pablo et Loic qui m’attendent dans la voiture de location. Ils ont encore les cheveux mouillés de leur séance de grimpe de l’après-midi. Non pas à cause de la transpiration (même s’il fait trop chaud), mais à cause de leurs chutes répétées dans la Méditerranée. Nous sommes à Majorque et on est là pour faire du Psichobloc !
On grimpe donc au dessus de l’eau sans corde ni t-shirt. Plus on monte, plus ça fait peur ! Mais d’un autre côté, c’est nettement moins stressant et fatiguant que les longues voies en altitude comme on en a fait dans les Alpes : plus besoin d’être constamment attentif, ici on peut profiter du soleil. La belle vie durera 10 jours en tout. Retour en Belgique parce que l’avion nous y ramène, mais il reste presque deux semaines avant la reprise des cours.
Pour la dernière étape, on a choisi le Verdon. Lieux mythique de l’escalade, on veut aller se frotter aux parois 'old school'. La veille du départ, alors que l’on finit notre séance de voies à Stone, Pico nous propose de nous prêter son portaledge. Evidemment que l’on dit oui : c’est notre rêve de passer une nuit en parois ! Mais ce portaledge, et le nécessaire pour une nuit suspendue, il faut bien le hisser d’une manière ou d’une autre… Et on n’a pas de sac de portage chez nous. Heureusement, on en trouve un en location le soir même. Et pour la corde de hissage, c’est à Gap, après un petit dé(re)tour à Céüse, qu’on la recevra, en faisant le tour des salles d’escalade et du matos qu’ils n’utilisent plus. Comme quoi, il ne faut pas prévoir trop à l’avance tout ce que l’on va faire, certaines choses viennent spontanément.
On tentera notre chance dans Ayahuasca sur la paroi du Duc et puis dans El Topo dans l’Escalès, deux longues voies vraiment magnifique. Le portaledge n’étant pas suffisamment grand, c’est d’abord Loic qui se coltine le hamac et ensuite moi. Ce n’était clairement pas la meilleure nuit de ma vie, surtout qu’on n’avait pas trouvé de meilleur endroit pour le suspendre qu’en dessous du portaledge… Le passage de l’un à l’autre était assez périlleux !
On passera cependant deux soirées fantastiques, perché si haut, à regarder toutes ces étoiles et à se sentir si bien. C'est dans des moments comme ceux là que tout prend sens, que l'on comprend pourquoi partir en expé est bien plus que faire un simple voyage ou une escalade difficile.
Plus d'infos et photos sur http://capexpe.org/groups/little-yosemity-here-we-come-val-dorco/
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